Dehors, les vieux lampadaires
Eclairent de leur fade lumière
Les ruelles de la ville
Et le vent sifflote un air
Qu'il compose pour se distraire
Effrayant les feuilles fragiles
Il les arrache sans remords
Et leur offre, avant la mort
Une valse dans son ballet
Puis se moquant de leur sort
les abandonne sur le bord
Des trottoirs détrempés
Et moi, sur mon canapé
J'ai abandonné l'idée
De trouver le sommeil
J'arrange un peu l'oreiller
Tire vers moi le drap froissé
Et m'abandonne à l'éveil
Alors le vent qui s'ennuie
Dans ma gîte s'introduit
sans à ma porte frapper
Il dit venir en ami
Pour me tenir compagnie
En cette nuit chagrinée
Il envahit ma retraite
Et sur mon corps il se jette
Et m'enlace de son froid
J'entends mon cur qui s'arrête,
Je sens mon âme qui s'émiette
Et vois venir mon trépas
Je lui cris alors : - Ô vent
De grâce laisse moi un instant
Accorde moi ton sursis
Donne moi encore le temps
De te poser, mon tyran
Des questions non éclaircies
- Tu as mon sursis humain
Et jusqu'au petit matin
Tes questions tu poseras
Mais si je sens ton dédain
Sans pitié et sans chagrin
Ma peine tu subiras
- Puisqu' ainsi tu m'accables
D'une épreuve effroyables
Je te somme de dire pourquoi
Tu soulèves le sable,
Détruits les sols arables
Et nous détruits sans émois
Pourquoi pousses-tu les nuages
Loin de nos verts pâturages
Sans qu'ils aient donné leur eau
Et sans regret tu saccages
En passant nos paysages
Si merveilleux et si beaux
Dis moi pourquoi tu arraches
Les arbres dont les attaches
En terre sont les plus ancrées
Et pourquoi donc, sans relâche
Tu t'abats quand tu te fâches
Sur les champs et les forêts
Pourquoi les bateaux tu coules
Quand tu soulèves les houles
Des mers, par toi agitées
Pourquoi les fleures tu foules
Et les maisons tu écroules
Sans pour eux avoir pitié
Pourquoi donc t'acharner
Sur les imposants rochers
Que chaque jour tu entames
Jusqu'à tous les effriter
Et, à ta guise, les sculpter
Par le tranchant de ta lame
Oui pourquoi te déchaîner
Sur les villes et les cités
Que tu changes en tombeau
Oui pourquoi la mort semer
Et nos âmes effrayer
Répond moi donc mon bourreau !
- Ô humain! Comment oses-tu
Ainsi juger ma vertu
Ô misérable pécheur
Toi qui massacre et qui tue
Qui du sang, aime la vue
Et qui sème la terreur
Toi qui affame ses frères,
Les plonge dans la misère
Pour pouvoir de leur bien jouir
Toi qui tue, et en est fier
Les phoques et les panthères
Pour leur fourrure et leur cuir
Comment oses-tu me juger
Toi pitoyable qui fait
De la guerre sa religion
Puis se dresse sur le charnier
Où la paix est enterrée
Pour chanter ses oraisons
Toi qui le monde fissure
Qui affûte ses armures
Pour posséder le pouvoir
Tu sacrifies la nature
-Qui s'adonne a toi- sur
Le panthéon de ta gloire
Toi humain dont